Absyketix se définit lui-même comme quelqu’un de “réservé”. Ce n’est pourtant pas ce que l’on remarque lorsque nous l’interrogeons sur son activité, lui qui reste plutôt humble et lucide, et qui ne se pense pas “artiste”. Pourtant, c’est bien pour son talent que High Potential l’a invité à jouer lors de son Open Mix le 21 février prochain. Portrait tout en finesse d’un passionné de trance et de deep techno.

 

Comment as-tu débuté le DJing ?

Depuis la fin du collège, je me suis tourné vers la musique électronique, en commençant par écouter Max de Fun Radio, qui nous balançait de la trance le vendredi soir après 22h. Dans la foulée, au lycée, quelques années après, j’ai rencontré un gars qui mixait en rave party. Le fait de voir ça sous mes yeux m’a de suite attiré, et j’ai tout de suite compris qu’un jour je voulais moi aussi faire plaisir aux gens par le biais de la musique (et me faire plaisir par la même occasion).
Chez un copain qui avait des platines, j’ai appris en autodidacte, après avoir passé des heures en teuf à observer les moindres mouvements des DJ que je voyais, et c’est très vite devenu quelque chose qui était à ma portée. En revanche, je n’avais aucune attirance pour le vinyle, et je n’avais pas envie de me munir de tout le matériel encombrant que sont les disques et les platines.
Lorsque quelques années plus tard, les contrôleurs USB sont apparus, j’ai de suite investi et c’est parti comme ça…
J’ai aussi essayé le live en achetant une Yamaha RM1X et en bidouillant sur Ableton Live, mais je n’ai pas vraiment de talent pour la création, donc j’ai vite laissé ça à ceux qui savent faire !

 

Comment définirais-tu ton son ?

C’est une question à laquelle j’aurais bien du mal à répondre, étant donné que je n’ai absolument aucune confiance en moi, et que je ne sais pas bien évaluer ce que je fais. La preuve en est, c’est que je ne suis jamais content de mes prestations, alors que le public est pourtant réceptif, et que nombre de gens m’ont poussé à me lancer devant ce même public, justement…
Je ne suis pas quelqu’un d’avant-gardiste, comme peuvent l’être des amis à moi dans ce domaine, constamment à la recherche de nouveautés et d’innovation. Je suis plutôt du genre à vouloir reproduire les choses qui flattent mon oreille, et à travailler la cohérence et les enchainements fluides. Je mixe donc de la minimal et de la techno, mais sans passer beaucoup de temps dans la recherche de nouvelles tracks et de nouveaux artistes. Ce qui me pousse d’ailleurs à ne pas me considérer comme un “véritable DJ”, mais plutôt comme quelqu’un qui aime profondément ravir les oreilles des gens à l’occasion. Ce que je qualifie de “véritable DJ”, c’est justement les gens qui passent une grande partie de leur temps à chercher LA pépite qui sortira du lot, à innover en mixant différents styles de musique pour apporter une touche nouvelle à leur art. Je ne fonctionne pas comme ça, mais je porte toute mon attention sur la fluidité, la finesse, et la cohérence des tracks que j’enchaîne.

 

Quelles sont tes influences musicales ?

A la base, j’ai découvert la techno et la trance des années 96-98, avec Sven Väth, Jeff Mills, Hallucinogen, Astral Projection
Et puis quand j’ai rencontré le premier mec que j’ai vu mixer sur vinyle, j’avais changé un peu de style déjà. Je commandais pour noël les best-of de Thunderdome et j’écoutais les premiers sets de tribe et de hardtek auquel j’avais accès ! Pendant une dizaine d’années, je suis resté focus sur le côté underground de la teuf, en devenant même hermétique à la trance pour un moment… Et mon goût pour cette famille de l’électro est vite revenu lorsqu’un ami nous a conviés, des copains et moi, à participer à une petite freeparty orientée sur la trance. Là, j’ai découvert que ce milieu correspondait bien plus à mes attentes, avec des gens beaucoup plus ouverts et lumineux, comme l’étaient les décors de ces mêmes soirées, justement. Le fluo, les sourires, la recherche du plaisir des yeux, autant que celui des oreilles… Et au fil des années, j’ai découvert la minimal, puis la deep techno que je n’aimais pas trop auparavant.

 

Qu’est-ce que tu aimes dans la pratique du DJing ?

Il y a deux choses qui me font vibrer dans ce domaine. D’une part, je suis fan d’interfaces électroniques. Donc j’aime vraiment m’amuser avec le PC et un contrôleur. Et d’autre part, étant quelqu’un un tantinet psychorigide, j’éprouve un grand plaisir à rendre le plus fluide possible les enchainements de deux tracks et à m’appliquer sur la cohésion des choses.

 

Tu as joué au festival Ethereal Decibel en août dernier, à Nantes. Comment s’est déroulée cette expérience ?

Je suis rentré chez EDC (Ethereal Decibel Company, organisateur du festival du même nom, ndlr) depuis bientôt 4 ans, après avoir passé 2 ans à les suivre et à m’investir dans leurs soirées sans jamais demander à intégrer l’asso. Et puis la mouche m’a piqué et j’ai proposé de devenir adhérent. Ce que l’équipe a accepté les bras ouverts, et même si je ne faisais pas parti du bureau, je suis un des membres actifs de la bande. Je ne suis malheureusement pas proche d’eux géographiquement mais on s’en accommode.
Pendant longtemps, n’ayant pas beaucoup confiance en moi, je n’osais pas me vendre auprès d’eux, si bien que même au bout de 4 ans que je les fréquentais, beaucoup d’entre eux ne savaient même pas que je mixais… Et puis là encore la mouche m’a piqué et j’ai proposé qu’ils me fassent jouer sur la petite scène du festival qu’on organise l’été. Arnaud, l’ex président de l’asso et programmateur des événements, m’a laissé un créneau sur le chill-out et j’ai pu encore une fois me rendre compte que mon travail était apprécié. Ce fût l’une de mes plus belles expériences en terme de réceptivité du public et de compliments reçus lorsque j’ai terminé mon set ! J’avais pourtant déjà mixé devant une foule plus conséquente, mais souvent dans des soirées plus underground, où les gens ont moins l’habitude de venir te féliciter quand ils te croisent dans le public.

 

Y a-t-il un artiste en particulier que tu aimerais rencontrer aujourd’hui, et pourquoi ?

Bien entendu qu’au fond de moi, j’apprécierais d’en rencontrer certains, comme Amélie Lens, Boris Brejcha, Stephan Bodzin, Gaudi, Ajja (qui était présent à une des soirées EDC, mais j’étais en
saison aux Saisies lors de son passage), Maguta, Drauf und Dran, et tout un tas d’autres qui produisent des sons à vous retourner le cerveau ! Sauf que comme je l’ai dit précédemment, je n’ai aucune
confiance en moi et suis très réservé dans un tel contexte… Du coup, je ne saurais même pas quoi leur dire une fois face à eux. C’est dommage mais il faut accepter ce que l’on est, donc je n’en fais pas un drame !

 

La musique est une véritable passion pour toi, aimerais-tu te professionnaliser dans ce domaine, ou souhaites-tu garder cette activité comme un loisir ?

Ma profession, ou tout du moins le dernier métier que j’ai appris et autour duquel je suis en train de monter mon activité professionnelle, c’est l’apiculture. Le monde des abeilles me passionne, et je ne pense pas pouvoir prétendre à devenir professionnel de la musique, étant donné ce que j’ai expliqué plus haut concernant ma façon de travailler.
Celui qui veut devenir pro se doit d’être constamment en recherche de nouveautés et d’innovation, me semble t-il. Je n’ai pas cette fibre.

 

Tu participes à l’open mix au BarBar Pub le 21 février prochain, dis-nous pourquoi le public doit absolument venir voir ton set.

C’est bien LA question à laquelle je ne sais absolument pas répondre !
Vous aimez la techno lourde et légèrement lancinante ? Vous appréciez lorsqu’un set est évolutif ? Vous aimez les influences house, techno, acid ? Alors je pense pouvoir vous faire plaisir avec le set que je joue actuellement ! Voila tout. Je n’ai aucune prétention, si ce n’est celle de vouloir faire plaisir aux gens.

 

Quels sont tes prochains projets musicaux ?

N’étant pas dans une dynamique professionnelle, ni dans l’optique de me faire booker le plus souvent possible, je dois avouer que je n’ai pas spécialement de projets. Je fais les choses comme ça me vient, lorsque le cœur m’en dit.
Mais tout de même, j’ai en tête de me plonger dans l’élaboration d’un nouveau set pour cette année, que je pourrais proposer lors du prochain festival EDC qui est en préparation pour cet été.

 

Le mot de la fin ?

Je tiens tout d’abord à remercier Marius (DA de High Potential, ndlr) et toute l’équipe de High Potential pour avoir écouté mes propositions de presta, et me faire confiance en m’invitant à participer à ce warm-up !
Merci de m’offrir cette opportunité de venir mixer pendant ma saison d’hiver dans une région où je ne connais personne !
L’atmosphère est un peu particulière en ce moment, avec les tensions générées par les abus flagrants des “grands” de ce monde, face aux revendications légitimes d’un peuple acculé et à l’absence totale de dialogue social. Mais une chose est certaine, la musique sera toujours là pour réunir des gens de tous horizons confondus et les faire kiffer le temps d’une soirée ou même de quelques jours. Et ça, ça vaut tout l’or du monde !
Keep Dancing !

 

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