Pour le moment, vous n’avez sûrement pas entendu parler de ce duo lyonnais composé de Maxime et Thibault, mais ça ne va pas durer ! Rencontre avec Brutal Oppozitz qui crée une musique hybride entre dubstep, trance et métal. Un univers couillu, bien testostéroné, et qui met le feu dès la première écoute !

 

Bonjour à tous les 2 et merci d’avoir accepté cette interview ! Pour commencer, quel est votre héritage musicale, et comment êtes-vous venus à la musique électronique ?

Thibault : Pour ma part, même si j’avais des cassettes audio et des CD de dance et de goa quand j’étais petit, je me suis vraiment intéressé à la musique à l’âge de 12 ans, notamment sous l’influence de mon grand frère pianiste. Je me suis donc d’abord intéressé aux univers du rock et du métal (Iron Maiden reste aujourd’hui probablement mon groupe préféré). Puis quand j’ai eu 17-18 ans j’ai découvert le trip hop avec Clean Living de RJD2. C’est à partir de là que j’ai commencé à découvrir petit à petit le monde de la musique électronique, mais aussi à celui du jazz et de la funk, le trip hop étant un genre assez vague et hybride. En parallèle de mon amour grandissant pour le jazz fusion, j’ai également développé une passion pour l’exploration des divers genres de musique électroniques, ces derniers étant très nombreux. C’est ainsi que j’ai d’abord découvert ou redécouvert la drum n’ bass, la trance ou encore le glitch hop. Aujourd’hui encore, je suis toujours à la recherche de nouveaux styles ou plutôt de sous genres de musique électronique à la fois riches et originaux.

Maxime : De mon côté, depuis petit, j’ai toujours été absorbé par la musique, elle me procurait une sensation qui aujourd’hui m’étonne encore. J’ai suivi les goûts de mes parents jusqu’à mes 9 ans environs, allant de la chanson française et de la disco-pop au rock. J’écoutais aussi bien Francis Cabrel que les Pink Floyd ! Mon père a toujours été très calé en informatique, j’ai donc rapidement eu accès à un ordinateur et internet, de là j’ai pu explorer le monde du métal, du rock et du rap français. Vers l’âge de 14 ans j’ai commencé à écouter beaucoup de dubstep et d’électro assez trash jusqu’à mes années lycées, où je suis passé par le hardcore hollandais pendant une longue période jusqu’à découvrir l’univers musicale de la trance par hasard au 1001 Bass Festival il y a 6 ans. Suite à ça, j’ai commencé à aller en free party, j’ai vaguement découvert l’acidcore, la hardtek et la tribe, sans bien comprendre ce que c’était. Tout s’est joué quand j’ai fait la connaissance de quelqu’un de passionné, qui m’a mis un casque sur les oreilles et m’a dit “ça Max, c’est du hardfloor, ça, du frenchcore, ça de la tribecore/hardtek…” Ce mélange de dancefloor et de violence, penchant parfois vers le malsain, parfois vers un côté plus « l’happy », ces manières de rattaquer chaque boucle avec des variantes dynamiques qui donnait le groove de ce style, bercé par les galettes de Billx, Strez, ou Ktodik, était le cocktail parfait dont je ne peux plus me passer !

 

Comment avez-vous appris à composer, sur quels styles de musique électronique  vous avez fait vos premières dents ?

Thibault : Personnellement, j’ai appris à « composer » sur Guitar pro 5 et à l’aide d’un synthé Rroland que mon frère m’avait donné. A l’époque je composais du métal pour un ami guitariste. Puis quand j’ai découvert le trip hop, j’ai voulu composer autre chose. J’ai donc fais pas mal de morceaux trip-hop un peu à l’ancienne, presque du hip-hop instrumental, puis en parallèle je faisais de la musique proche de la musique de film, principalement à base de loops (boucles, ndr). Mais ce n’est vraiment qu’en septembre 2014, après avoir redécouvert la trance, que je me suis réellement mis à composer sérieusement. C’est à partir de là que j’ai vraiment commencé une phase d’apprentissage, là ou avant je me contentais de faire des choses peu complexes au feeling. J’ai donc commencé à apprendre l’harmonie, les modes, les gammes, les degrés, les accords, je me suis aussi mis à analyser beaucoup plus ce que j’écoutais, j’ai appris des techniques de mixage et de synthèse sonore. D’ailleurs je continue toujours d’apprendre, chaque nouveau morceau me permet de toujours progresser en terme de composition.

Max : Pour ma part, j’ai acheté un sampler Korg Electribe à 19 ans car j’avais vu un ami qui en avait un aussi, j’ai sûrement dû trouver ça cool de pouvoir faire de la musique avec un support accessible.
J’ai d’abord commencé par faire une sorte de style hybride entre la hardtek et la tribe, avec comme seul base harmonique la centaine de milliers d’heures à écouter chaque passage qui me plaisait dans toutes les musiques que j’écoutais et à analyser comment elles étaient construites ! Comme tout le monde, j’ai essuyé les échecs, les frustrations, j’ai fait des pauses, j’ai repris, jusqu’à ce qu’on me fasse remarquer que mon travail pouvait peut-être plaire. Je me suis donc remonté les manches, j’ai acheté un autre sampler, composé sans relâche, afin d’assimiler les mathématiques musicales et me forger un bagage technique plus important. Ce n’est qu’au début de cette année que nous nous sommes lancé le défi de ce projet hybride avec Thibault, à côté de nos projets personnels.

 

Comment vous êtes-vous rencontrés, quel est le point de départ de ce projet ?

Thibault : Nous nous sommes rencontré en BTS Technicien Réseaux en 2012 au CIEFA de Lyon et malgré des parcours assez différents, nous nous sentions déjà assez à part dans notre classe, on ne se sentait pas très concerné par les enjeux de la formation, elle nous paraissait assez superficiel. A midi, on avait pour habitude de manger ensemble et de se faire écouter différents artistes de musique électronique, on découvrait tous les deux le monde des free parties et des festivals, donc on échangeait pas mal à ce sujet. Même si Max n’a pas tenu jusqu’à la fin de la formation, nous sommes resté en contact. Ce n’est que bien des années plus tard, après avoir monté nos projets musicaux en solo et s’être régulièrement retrouvés à jouer ensemble sur des évènements que l’idée a commencé à faire son chemin. A vrai dire, c’est Maxime qui à petit à petit insinuer l’idée de créer quelque chose de diffèrent avec quelqu’un n’ayant pas les mêmes références musicales, mais avec la même envie de produire quelque chose de nouveau, riche et complexe. Et c’est finalement quand Maxime a commencé à utiliser des machines numériques que nous avons démarré le projet.

 

Comment se passe votre collaboration, vous travaillez ensemble ou vous faites chacun de votre côté et vous vous réunissez après ?

Max : Les premières tracks, nous avons bossé ensemble. Je pouvais profiter du savoir de Thibault sur Ableton pour avancer plus vite dans ma compréhension de l’interface et ainsi retrouver plus rapidement mon aise dans la composition, c’était très efficace et épanouissant. Nous n’étions pas pressés par le temps, donc en général, on essayait de se faire une session toutes les semaines. C’est fou le temps que ça prend d’essayer de produire une musique riche, en quelques mois nous avons dû produire 4 tracks !
Puis au courant du mois de mai, il me semble, le collectif Rave Conscient dont je fais parti, avait pour idée de réaliser une grosse soirée pour la fête de la musique. Nous avons jugé que c’était l’occasion idéal pour tester nos réglages, du coup, nous avons dû accroitre notre rythme de composition en travaillant chacun de notre côté. Le principe était généralement le même, l’un produisait entre 2 et 4 minutes de tracks, l’autre finissait, renvoyait pour confirmation et ensuite Thibault masterisait tout ça. Maintenant, nous ne fonctionnons quasiment que comme ça, nous nous retrouvons pour les derniers détails, pour l’assemblage et la répétition du live.

 

Sur quels logiciels vous travaillez et comment vous positionnez-vous sur le débat entre numérique et analogique ?

Max : Nous travaillons tout les deux sur le logiciel Ableton. Thib depuis 4 ans et moi depuis une dizaine de mois. Mon choix de passer sur du numérique était inévitable pour ma part. Les styles de musiques que je compose (frenchcore & dirty électro) demandaient beaucoup trop de pistes afin d’apporter quelque chose d’explosif, de différent et de surprenant et nécessite un traitement audio important difficilement faisable sur analogique. De plus, il fallait que je trouve des combines sans arrêt pour jongler entre les sauvegardes de mes anciennes machines car je remplissais 900 patterns* pour un live (la moyenne que j’ai constaté avec le même set-up que moi est de 10 a 50 patterns pour un live.) De plus, étant passionné de guitare électrique, de batterie, de chant « épique » comme ERA, le logiciel et ses VST* plus réalistes que jamais, était la solution parfaite pour donner à ma musique électronique un côté plus réaliste. Je pouvais écrire mes partitions en paramétrant même la force de frappe sur les cordes ou sur les caisses claire, varier les grattements de cordes, tout en faisant des accords à l’infini, c’était innovant pour moi. Quand je suis passé entièrement au numérique, j’ai eu l’impression de redécouvrir la musique dans sa globalité, et je recommande à toutes les personnes produisant des styles basées sur les relances de travailler sur un logiciel de composition. Je pense que d’autres styles comme les styles plus “bouclées” (acidtekno, acidcore, tribe, techno,etc…) peuvent eux y trouver un intérêt plus important grâce au grain des set-ups analogique notamment. Il est évidemment possible de combiner les deux, pour obtenir à la fois le grain de l’analogique et la précision du numérique, mais chaque chose en son temps…

*VST : Plug-in, instruments ou effets virtuels par exemple.
*Pattern : Dans le cas présent, boucle de 8 mesures.

 

Pour vous, comment est-ce que vous savez que vous avez fait un bon track, à quel moment vous vous dites “celle-là je peux la jouer” ?
Max
: C’est avant tout une question de feeling, on fait confiance à notre oreille et à nos goûts personnels. Thib travaille beaucoup les harmonies pour faire en sorte que tout soit « juste » en sortie. Généralement, au moment même de la composition, nous ne laissons rien au hasard, et nous n’avançons pas tant que ce n’est pas qualifiable de « propre ».

 

Je crois que vous êtes en pleine recherche de label, comment est-ce que ça se passe ? Quel est votre stratégie pour les démarcher ?

Pour l’instant, nous nous sommes juste renseignés sur des labels susceptibles d’accueillir ce projet. Étant donné que nous sommes très hybride, et que les labels sont souvent très orientés, ceci rend les choses plus compliqués. Nous attendons d’abord d’avoir des EPs terminés et masterisés avant de les proposer à qui que ce soit.

 

Vous venez jouer cette saison au Barbar Pub (Les Saisies) le 31 janvier , pourquoi ne doit-on surtout pas vous rater ?

On ne sait pas si vous DEVEZ nous voir, mais ce qu’il y a de sûr, c’est que si vous aimez l’électro d’une manière générale, je pense que vous passerez un bon moment en notre compagnie. Il y en aura pour tous les goûts, notre style est suffisamment large et englobe tellement d’influences que tout le monde y trouvera son compte, tout en récoltant au passage une bonne dose d’originalité et de surprise. Donc si vous êtes en quête d’un peu de fraicheur dans le monde de l’électro, venez nous voir, on pense que vous ne serez pas déçus.

 

Les projets à venir ?

Max : Plusieurs EPs, peut-être répartis par les influences qui composent les tracks et trouver encore de nouvelles manières de jouer nos prestations. Des collabs à venir très bientôt ou déjà faites comme avec Tricksterland / Loki Lonestar, ainsi qu’une track avec le duo Ness / Tekbu, mais également avec d’autres artistes talentueux. Nos projets solos nous prennent également beaucoup de temps et de nouveaux EPs, pour Thib ainsi que mon 1er bientôt sous mon nouveau nom, sont à prévoir.

 

Merci pour toutes ces réponses et comme le veut la coutume chez Yoru, on vous laisse le mot de la fin :

A tous ceux qui ont pour première passion la musique, respectez-la.
Essayez de nouvelles choses, repoussez vos limites, ne soyez jamais totalement satisfait de ce que vous faites, cherchez à faire mieux, ne soyez jamais là où l’on vous attend et n’oubliez pas que seul votre travail influe sur le résultat.

Travailler dur et restez vous-même, tout se passera bien.

 

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