Ce label grenoblois a su s’imposer en 5 ans comme l’un des plus importants de la région. Des choix forts, une ligne éditoriale sans compromis, distributeur indépendant, mettant en avant les artistes émergents, mais aussi organisateur de soirées et agence de booking : bienvenue dans le monde de Carton-Pâte Records. Rencontre avec Alex, l’un des fondateurs du label.

 

Avant toute chose, pouvez-vous nous présenter votre association, l’idée de départ et les moyens mis en œuvre ?

Carton-Pâte Records est un label indépendant orienté vers la musique électronique. En 2012 on a fait le constat qu’à Grenoble, il y avait énormément d’artistes talentueux et que beaucoup d’entre eux décidaient de partir à Lyon ou à Paris pour avoir plus de visibilité et de pouvoir vivre de leur musique, essentiellement car ils manquaient de structure pour aider à la professionnalisation des artistes. En 2013 on a donc décidé de créer Carton-Pâte Records, pour permettre aux jeunes (et moins jeunes) artistes de s’exprimer et se professionnaliser. Il fut un temps où c’était le rôle d’un label indé.

 

Quelle est la réussite du succès, comment devient-on un label majeur de votre région ?

(Rires) Alors je ne sais pas si on est un label majeur de notre région, ça fait toujours plaisir à entendre, mais on ne se considère pas de la sorte ! Je pense qu’on aime ce qu’on fait, on aime la musique et surtout la partager. Le travail que l’on fait au long de l’année, par nos événements, nos sorties, et les artistes qu’on aide au développement nous donne beaucoup de plaisir. On se prend pas trop la tête, on ne recherche aucun succès, je pense que c’est ce qui fait notre différence au final.

 

Aujourd’hui vous avez pris le pari de rester sur Grenoble, ça ne serait pas plus simple de se délocaliser sur Paris (ou New York, soyons fou !) pour augmenter sa visibilité et les chances de succès ?

L’essence même du label est Grenoble. On est vraiment très attaché à cette ville qui a une histoire niveau techno, sûrement l’une des plus riches de France sur cet aspect culturel. C’est sûr que pour la reconnaissance et pour certains projets, être à Paris serait plus facile, mais on a fait le pari de rester à Grenoble, notre terre d’origine. Après on se déplace souvent pour jouer, à Paris, Lyon, et même à l’étranger comme Montréal, Los Angeles, etc… Maintenant, avec Internet, tu peux être dans le fin fond de rien dans un village perdu et avoir accès au monde entier.

 

Vous êtes autant label, qu’agence de booking ou organisateur de soirées, quel est le secteur qui fonctionne le plus, est-ce que ce n’est pas compliqué en terme d’image, est-ce qu’il n’y a pas de confusion ?

C’est une question très pertinente. Il y a quelques années, la presse nous reprochait de ne pas avoir d’étiquette. La presse française ne voulait pas parler de nous car on était pas estampillé label techno ou house. A force de discussion avec certains artistes, ça nous a confortés dans nos idées : on sort ce qu’on aime, ce qui mérite d’être défendu. Peu importe le style, on s’en fout des étiquettes. Je suis pas sûr que Mute Records voulait une étiquette quand ils ont sorti Depeche Mode, puis Apparat, puis Cold Specks par exemple. Ils ont juste voulu défendre une musique de qualité. Nous c’est pareil.
D’un point de vue de l’image, je pense que ça peut être compliqué pour certains de tout comprendre, après on a beaucoup de proximité avec le public, on pousse à ça, on discute, les gens comprennent au final.
Pour nous, il est très important de professionnaliser les artistes, on s’occupe d’eux du moment qu’ils produisent dans leur chambre, jusqu’au moment où ils tournent avec 50 dates par an. Donc label/maison de disque + booking + promoteur de soirées sont trois choses qui se complètent beaucoup au final.

 

Quelle est votre vision aujourd’hui du monde des labels, et plus largement du marché de la musique électronique ?

Hum, je pense que l’univers de la musique indépendante en Europe est à l’image du monde d’aujourd’hui. Surtout pour la musique électronique qui n’a jamais été aussi populaire qu’aujourd’hui. Dans un sens c’est merveilleux, car on découvre tous les jours de nouveaux artistes aussi talentueux les uns que les autres. Mais la popularisation et la prise de certaines tendances par les majors transforme un courant, qui défendait certaines valeurs, à quelque chose d’uniforme, triste et plat, qui rapporte beaucoup d’argent et qui donc s’éloigne totalement des valeurs de base que représente cette musique.
Je suis assez triste de voir des festivals comme Lollapalooza qui arrive en France ou I Love Techno, qui font des billets à 80 € pour un soir avec des line-up à rallonge. La question qu’on se pose tous : au final, la musique, elle est où ? On est bien loin de l’époque où l’on regardait vers l’avenir, à vouloir créer quelque chose de nouveau, de riche émotionnellement et humainement parlant.

 

Quels sont selon vous les plus belles réussites de votre label ?

Je pense que la plus belle réussite c’est que le label puisse exister. Il y a plein de choses pour lesquels on est assez fière, de chose que l’on a accomplies et construites, de rencontres que l’on a faites, etc… Mais la plus belle de toute reste le projet Carton-Pâte Records.

 

Avez-vous refusé des signatures d’artistes que vous regrettez aujourd’hui ?

Non, aucune ! (rires)

 

Comment un jeune artiste peut intégrer votre label d’une manière générale, quels sont les critères de sélection ?

Avant toute chose, il n’y a pas de critère de sélection, n’importe quel artiste peux nous contacter. Il faut d’ailleurs. On écoute toutes les démos que l’on reçoit et quand c’est pertinent, on envoie des feedbacks et on rentre en contact avec l’artiste pour l’aider à développer son projet. De nos jours je pense qu’il ne faut pas se mettre de barrière, si on croit en son projet, il ne faut pas baisser les bras et le travail fini toujours par payer.

 

Les projets à venir, ou est-ce qu’on peut vous voir ?

Alors on attaque un tour de France, on va jouer dans des villes comme Rennes, Nancy, Metz, Le Havre, Rouen, Paris, Lyon, etc… En station aussi, le mieux est de regarder sur notre Facebook ou notre site Internet.
On travaille également sur de gros projets depuis la rentrée 2019, plus d’infos prochainement !

 

Merci d’avoir répondu à mes questions, le mot de la fin ?

Prenez un chewing-gum, Emile !

 

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