Rencontre avec Mister Ted de RadioMeuh, la station de la Yaute qui aime le bon son et le reblochon !

 

Bonjour Ted ! Raconte-nous comment est né ce projet radio ?

Hello ! Le projet est né en milieu d’année 2007 mais il était en fécondation depuis longtemps. Il est né de notre volonté de créer un média uniquement musical, sans publicités audio, sans contraintes imposées par les ondes FM telles que l’attribution d’une fréquence (demande au CSA, mise en attente parfois très longue), le quota musical, le rayonnement de diffusion uniquement local, les charges administratives de montage d’une station… Le média web s’imposait comme une évidence car il élude ces obstacles : simplicité administrative dans la création de notre association loi 1901 incluant le projet RADIOMEUH et un rayonnement mondial grâce au web ! D’autres nouveaux paramètres sont arrivés comme les players web de diffusion musicale (application pour écouter la radio comme sur un poste), le streaming audio (flux Internet) et nous ont permis de faciliter la gestion du projet : nous étions capable de le faire grâce à notre expérience en matière de réseau, d’informatique et de développement.

 

© Irène HURTADO

Quelles sont les valeurs qui vous animent dans RadioMeuh ?

Nos valeurs tournent autour de la musique et de la bonne humeur ! Notre volonté dès le départ est d’insuffler dans radio Meuh de la musique qualitative, sans notion d’enfermement dans quelque style que ce soit,  sans à priori sur tel ou tel artiste, même s’il est ‘bankable’ : ce qui nous importe, c’est la qualité musicale. Notre base est plutôt groovy, tourne autour de la soul et du funk mais visite également les codes pop, électro et hip-hop de ces différents spectres musicaux. On a aussi développé une grosse tendance world avec des titres tropical style caribéens, des sons brésiliens, afro-beat, etc… En cela, nous sommes une radio alternative. Depuis quelques années, on fait la part belle aux courants électro sans nous y restreindre. Les métissages musicaux de l’électronique nous inspirent, et nous adorons les découvertes musicales. Nous avons affiné notre style de ‘diggers’ du son et nous sommes devenus ‘pointus’ dans notre sélection : ce qu’on passait il y a 10 ans au début de la radio ne passe plus forcément aujourd’hui car trop entendu ou trop éloigné de ce qu’on a envie d’écouter. Désormais, on a aussi des DJ guests, certains connus comme Laurent Garnier, qui nous proposent des émissions musicales & des mix récurrents : on peut les écouter en direct sur la radio et retrouver leur podcast sur notre site web. Les mix sont électroniques, disco-funk, nu-disco, soul, hip-hop, etc…

 

Le DJing tout comme la radio ont subi l’évolution du digital : quel rapport entretenez-vous entre le format FM et le numérique ?

Nous sommes nés en 2007, à l’ère du digital, et n’avons donc pas connu la transition analogique : nous sommes numériques sur la radio comme sur le mix. Mais on ne peut nier qu’une telle révolution a existé, qu’elle a bouleversé les codes des radios FM qui ont dû s’adapter et créer leur propre player web. Il y avait sur le hertzien un mode de fonctionnement avec une sensibilité propre et singulière qui, parfois, était totalement divergente du web, au moins au départ. En ce qui concerne Radio Meuh, c’est une force de naître en digital car nous sommes connus sous cette forme et avons concentré toute notre énergie là-dedans. Cela se ressent dans l’échange créé avec notre public. C’est l’une des raisons, selon nous, qui fait que nous sommes l’une des premières webradio aussi écoutée.

 

Que pensez-vous des DJ qui mixent aujourd’hui sur contrôleur ?

Nous n’ignorons pas ce qu’est un vinyle et de temps à autre, nous mixons avec ce support : chacun d’entre nous possède une petite collection perso. Donc total respect pour ce support qui est un marqueur de son époque et qui offre un son singulier et souvent remarquable niveau qualité. On voit aujourd’hui les prouesses techniques réalisées par les fournisseurs digitaux (logiciels et programmes de mix notamment) pour encoder les titres en MP3 : on peut physiquement jouer sur format 33″, avec une platine MK2 grâce à la retranscription digitale de l’USB ! Une belle manière de réconcilier les deux types de supports ! C’est remarquable d’avoir fait ça et c’est plutôt bien accueilli : il n’y a, au fond, pas de souci entre ces deux types de DJ qui se rendent service mais ne se desservent pas. Ce qui compte, c’est le feeling avec l’objet et le résultat sur le dancefloor, pas le support lui-même ! Que tu mixes en vinyle, contrôleur ou platines CD, si t’es une buse et que t’as pas le feeling avec ton auditoire et l’atmosphère dans laquelle tu baignes, et ben tu restes une buse…

 

RadioMeuh est une radio indépendante jouant sur la fraicheur et la mondialisation de sa programmation : quelles sont pour vous les 5 tracks du moment qu’il faut absolument écouter au risque d’être has been ?

Pour pas mourir idiot et au risque d’être has-been, ce qui vient là tout de suite, c’est une sélection plutôt afro :

  • France Gall : ‘Ella Elle L’a (Folamour Edit)’

  • Chaka Khan : ‘Like Sugar’

  • Vaudou Game : ‘Tata Fatiguée’

  • Tshegue : ‘Muanapoto’

  • Pat Kalla & Le Super Mojo : ‘Ancien Combattant’

 

Vous développez le concept « Vinyle by Nature » auquel a participé, entre autre, Laurent Garnier : pouvez-vous nous expliquer le projet ?

Vinyle By Nature’ est une idée imaginée par Radio Meuh. C’est une série d’épisodes composée de podcasts vidéo où nous invitons des DJs et passionnés de musique à jouer leur sélection de disques vinyles sur une platine portable, posée dans un coin de nature. On parle de sélection musicale puisqu’on n’est pas dans un mix traditionnel : il n’y a qu’une seule platine. Le disque se joue, s’arrête, puis un autre prend la relève. C’est plutôt cheesy niveau sonore, et bon enfant pour l’atmosphère ; c’est une parenthèse musicale qui s’offre à l’auditeur, pour le plaisir des yeux et des oreilles. On s’inscrit plutôt dans une contemplation visuelle et auditive à la différence de la technique et l’urgence d’un set mixé ! On estime que ça doit faire du bien à l’auditeur de prendre son temps, d’être spectateur sans se prendre la tête et d’être au grand air dans des endroits merveilleusement panoramiques. La platine a une bonne gueule vintage et marche à piles. Elle est donc ‘facilement’ transportable et peut se placer dans des endroits assez insolites comme un front de mer, une forêt ou la cime d’une montagne par exemple. L’idée est de filmer l’engin en train de tourner pendant toute la durée de la selecta et son sélecteur digger de son. L’émission est retransmise en direct sur le site et le Facebook de la radio ; on peut la retrouver ultérieurement sur Youtube (son + vidéo) et Mixcloud. Toutes les informations sont disponibles sur notre site.

 

 

A quand une Boiler Room « Vinyle by Nature » dans les champs de la Yaute ?

C’est un style d’émission plutôt singulière de nos jours, qui tranche avec la sophistication d’une Boiler Room ou la nervosité d’un set en club. C’est donc plutôt rare et ça nous correspond bien ! Une Boiler Room en pleine nature ? Pourquoi pas ! Mais à ce moment là, on sortirait du concept “Vinyle By Nature” par l’aspect technique. Cela nécessiterait du jus pour une diffusion plus pêchue pour le public, et sans doute 2 platines pour mixer. Dans l’état actuel de l’émission, il semble peu probable que ça puisse être réalisable avec du public en live, ça n’est pas forcément le but. Une Boiler Room à l’extérieur, on y pense : pas de dates fixées pour le moment mais ça sortirait sans doute du cadre ‘Vinyle By Nature’.

 

Radio Meuh, made in La Clusaz : comment se développe le DJing en station ? En quoi La Clusaz présente-t-elle une scène musicale intéressante ?

Le DJing se développe à La Clusaz et dans les stations en général comme partout ailleurs. Techniquement, on est passé de l’analogique au digital, des vinyles aux platines CD, puis aux clés USB et au contrôleur. Ça n’est pas différent des villes. En revanche, les ‘talents’ locaux sont plutôt rares en mode ‘only DJ’. On trouve pas mal de crews de qualité formés d’un MC et d’un DJ en mode Sound System ; beaucoup sont axées roots, reggae, dub… Du coup, nous remarquons que beaucoup de guests DJ’s de renom sont invités à tourner l’hiver dans les stations. Nous ne faisons pas exception à La Clusaz. Nous incitons des DJs ‘connus’ à venir jouer dans les soirées : Garnier, DJ VAS, Collectif 45’s Live… Il y a aussi des établissements à la Clusaz avec un horizon artistique, quelques fois avec un DA qui se charge de les produire chez eux directement. C’est ainsi qu’on peut croiser en hiver sur la station DJ Pone, DJ Duke, DJ Fly, DJ Skred ou encore Cut Killer par exemple ! La scène de La Clusaz est intéressante du fait qu’on puisse trouver des soirées ambiancées par des DJ locaux reconnus, des Sound Systems et des guests dans les bars et les clubs. Tout ce petit monde ramène le public saisonnier mais aussi les vacanciers. Mais ce n’est pas quelque chose d’inhérent à La Clusaz, c’est pareil dans toutes les stations !

 

© Jérôme ROUSTEAU

Organisez-vous des soirées en station ?

Nous organisons des soirées où l’on fait venir des DJ’s extérieurs. Nous les faisons jouer soit en louant un lieu (PAF à l’entrée), soit en les casant dans un établissement. On essaie d’optimiser aussi leur venue en prenant soin de garder des enregistrements, voire de faire une session studio le lendemain.

Nous organisons également un évènement majeur, le RadioMeuh Circus Festival, qui à lieu chez nous, à La Clusaz, depuis 6 ans. Pour la 7ème édition en 2019, ça se passera fin mars. C’est un mix mêlé de live musicaux de groupes et de DJing. On a deux parties bien distinctes : le IN et le OFF. Pour les OFF, tout est free et ça joue en live à partir de la mi-journée jusqu’à 20h dans les établissements de la station, y compris sur les pistes. Pour les IN, il y a un droit d’entrée et ça joue en général les vendredi, samedi & dimanche soir sous un véritable chapiteau de cirque. C’est une grosse organisation : vous pouvez voir notre travail depuis 2013 en allant sur le site du festival.

 

Vous allez prochainement jouer au BarBar Pub, aux Saisies : que nous réservez-vous en matière de line-up et de programmation musicale ? Comment décririez-vous l’ambiance du BarBar Pub ?

Nous jouerons en effet le 18 décembre prochain au BarBar Pub que nous connaissons bien pour y avoir déjà joué la saison dernière. À chaque fois que nous sommes venus, l’ambiance était là et les gens dansaient ! On en garde donc un très bon souvenir et avons hâte de renouveler l’expérience. Les boss sont top, nous font confiance, et contribuent par leur professionnalisme à la réussite et au succès de l’endroit. On y trouve des locaux, mais aussi des gens de passage comme des vacanciers. C’est chaleureux et les gens se lâchent sur le dancefloor assez facilement : que demander de plus ? Au niveau contenu, on ne vous révèlera pas grand-chose : nous vous invitons plutôt à venir nous voir en live au BarBar. On a pas mal détaillé nos sources d’inspiration musicales dans l’interview, et vous avez saisi probablement de quelle teneur et de quelle facture pourra être composée cette soirée !

 

Comment Radio Meuh se positionne sur l’émergence artistique ?

C’est avec le temps et l’expérience que tout cela s’est forgé. A force de programmation musicale (radio, festival) et de travail avec des bookers récurrents, on a gagné du crédit et conquis la confiance de certains labels et maisons de disques, majoritairement les indépendants. Ces structures, dans un dialogue artistique d’échange culturel (promotion/diffusion), nous font partager ‘leurs artistes’. Les élans artistiques nous parviennent donc parfois en avance et pour nous, ça compte. Ce n’est évidemment pas suffisant et il faut également ‘sentir’ ce qui va correspondre à nos attentes musicales : le feeling tient une grande place dans l’émergence artistique pour nous. Sur ce volet, il y a un gros travail de recherche de Phil, le programmateur et initiateur du projet RadioMeuh. Il est capable de trouver des pépites musicales introuvables : c’est lui le ‘pif’ de RadioMeuh et il a un énorme flair. Il ne s’est pas beaucoup trompé sur les artistes venus jouer en live chez nous, ou sur les titres radiodiffusés qui font mouche le soir sur le dancefloor lorsqu’on anime une soirée. Nous avons l’avantage d’avoir parfois des artistes au moment de leur émergence, ce qui nous garantit leur présence en live sur des ‘deals’ raisonnables et à notre portée.

 

Travaillez-vous en partenariat avec les artistes locaux, les SMAC comme Le Brise Glace ?

Ici à La Clusaz, si on regarde la scène musicale, la salle artistique live et indé par excellence, c’est le Brise Glace à Annecy. Donc oui, on coopère à fond avec eux ! On peut parfois mettre en jeu sur nos supports web des tickets pour des concerts à Annecy. Eux se font le relai d’évènements que nous organisons aussi, et vendent les places pour le Circus par exemple ! Il peut arriver que l’on fasse tourner les mêmes artistes, c’est donc parfois intéressant de ce point de vue là.

Nous nous associons aussi lors de soirées majeures : pour sortir du cadre ‘montagnard’ (parce que ça fait du bien aussi !), de manière plus éphémère, nous travaillons avec des salles de concerts comme La Bellevilloise à Paris, Le Sucre à Lyon, Le Mas des Escaravatiers à Puget/Argens, etc… On travaille aussi avec des festivals : Week-End Au bord de L’Eau à Sierre CH, Yeah! à Lourmarin etc… Avec eux, on développe du partenariat en communication et logistique, parfois artistique également.

 

RadioMeuh propose également du merchandising en ligne : une manière originale de communiquer sur votre radio ? Un complément de revenus indispensable au développement d’une radio aujourd’hui ?

On ne sait pas et n’irons pas jusqu’à dire que c’est un complément de revenus indispensable pour une radio actuelle… Mais nous avons personnellement choisi ce moyen pour communiquer. Le fait d’avoir sur des supports textiles classiques tels que des bonnets ou des T-Shirts appliqués et sérigraphiés avec nos logos et visuels, ça apporte une petite touche fantaisiste et ça accessoirise des vêtements somme toute communs. Nous considérons que c’est un complément de revenus important, mais cela ne veut pas dire qu’il soit indispensable pour le développement d’une radio dans l’absolu. Certaines font sans ! Dès le début de la radio, le merch’ est entré en jeu et a fonctionné comme une des pierres angulaires de la radio. Ça a propulsé RadioMeuh comme une marque et un produit, et ça a fonctionné ! Avec le capital sympathie dont bénéficie la radio, et ce côté ‘cette bonne vieille pote de RadioMeuh’, nous pensons que les gens aiment encore des objets dédiés, marqués MeuH, c’est clair. On peut donc dire que dans notre cas, ce fonctionnement EST devenu indispensable, oui.

 

En matière de préférences culinaires : fondue ou raclette ? Vin blanc ou Génépi ?

Ah ! Enfin une petite question alimentaire, on aime bien ça ! Ça fait partie intégrante de nos CV et de l’ADN de la radio également ! On promeut pas mal le Reblochon en général, qui vient du pays des Aravis, donc de chez nous, et on aurait pu être tenté de vous répondre ‘tartiflette’ pour la bouffe ! Mais comme cette proposition n’apparaît pas, on va dire plutôt fondue…On se retrouve rarement autour d’une raclette entre nous : c’est plus familial, ça peut épater nos amis venant en vacances skier et aimant se délecter de ce plat car ils n’ont pas l’habitude d’en manger chez eux. Mais finalement, nous, on n’en mange pas tant que ça ici ! Alors qu’une bonne fondue…. Mmmmmmh !

Pour la boisson, dans les propositions, ça serait vin blanc, pour aller avec la fondue ! Pareil, on aurait pu vous répondre Gentiane car c’est notre gnôle, plutôt que le Génépi. On aime le Génép’, mais on préfère la Gentiane. C’est d’ailleurs une plante que l’on trouve en pagaille chez nous, dans les hauteurs, à la différence du Génépi que l’on trouve plus au Sud de la Yaute, dans la Vanoise par exemple. Et c’est pour cela qu’on aime la consommer ! Ça c’est du local ! En circuit court de chez circuit court (rires) ! On en fait d’ailleurs nous même, depuis 3 ans maintenant, chaque automne au Grand-Bornand. La MEUH se fait sa propre petite production ! On emmène parfois quelques bouteilles sur des mix importants où on se retrouve avec des activités de chez nous qu’on a envie de mettre en avant. Ça nous est arrivé récemment à la salle parisienne de La Bellevilloise, lors de la promotion de notre festival en novembre : on a dressé des ateliers typographie, travaux du cuir (bourrellerie) avec les artisans qui vont avec ! Et on offrait des p’tits canons de Gentiane ! Ça réchauffe le cœur ! C’est ça la convivialité façon Meuh !

 

Quels sont vos projets à venir ?

Le site Web va subir une profonde refonte prochainement, avec de nouvelles rubriques en prévision. On ne vous en dit pas plus mais on devrait intégrer plus largement l’aspect ‘chroniques’ au sein du site web et dynamiser le site avec de la vidéo par exemple… L’audio en revanche restera fidèle à lui-même, toujours de good vibes et pas de publicité ! On devrait également évoluer en qualité audio-digitale pour les titres via un process de transformation de l’existant et des chansons futures, en partenariat avec notre fournisseur de stream qu’est Infomaniak. Et puis bien sûr, ça sera ‘tête dans le guidon’ cet hiver, pour initier l’organisation du 7ème Circus ! Sachant que le line-up est bien avancé et que les détails logistiques sur l’artistique se règlent bien en ce moment, nous sommes dans la bonne direction ! Une phrase qu’on a l’habitude, comme un gimmick, de placer en fin d‘échange pour conclure : ‘Stay Tuned’.

 

Votre mot de la fin ?

Arvi Pâ ! (‘Tchao’ ou ‘À Bientôt’ en argot Savoyard).

 

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